06/11/2013

Orcq évoqué au cours de procès d'Assises au XIXe siècle

Au cours du XIXème siècle deux procès d’Assises qui se sont déroulés à Mons ont concerné Orcq de près. Notre article tentera de relater fidèlement ces deux crimes en y incluant la sentence finale. La première affaire est un crime crapuleux commis par un orcquois à Rumes et la seconde un drame de la misère qui se déroula à Orcq et dont la coupable était étrangère au village.

1Un mauvais garçon à Orcq

Le 7 octobre 1823 devant Fidèle Varlet mayeur d’Orcq (Pour ceux qui connaissent le village, c’est lui-même qui a donné son nom à « La ferme du vieux maire ») est comparu Louis Daneulin journalier domicilié à Orcq . Celui-ci déclare que la veille est né de lui et de son épouse Françoise Carrez un enfant mâle auquel il donne les prénoms de Louis Alexandre Fortuné.

On pouvait espérer  que L.A.F. Daneulin grandisse en âge et en sagesse.

Mais en 1847 L.A.F. avait pris un peu de liberté avec les lois de l’Eglise en faisant un enfant à la fille du garde champêtre d’Orcq alors qu’ils n’étaient pas mariés. Mais peut-être avait-il l’intention de l’épouser plus tard, la suite de l’histoire va montrer qu’il n’en eut pas l’occasion…

Le 6 septembre 1847 en face de Pierre Joseph Cuigniez bourgmestre d’Orcq  est comparu Louis Alexandre Fortuné Deneulin, (les généalogistes et amateurs d’histoire locale ont l’habitude de ces petites transformations dans les graphies des noms et ne s’étonneront pas qu’un « a » se soit mué en « e ») journalier qui déclare que le 3 septembre est né un enfant du sexe féminin dans la maison du sieur Louis Devignes garde champêtre et auquel il donne le prénom de Rosalie.

Il se reconnaît pour père de l’enfant qu’il a eu de Marie Anne Devignes fille dudit Louis qui joue également le rôle de témoin et signe l’acte. Da(e)neulin, lui, ne savait pas écrire.

Le garde champêtre n’était pas un homme facile et dans le rapport de la séance du conseil communal d’Orcq du 28 février 1848 on trouve les informations suivantes :

Cette séance est consacrée à la révocation du garde champêtre Louis Devignes. Les gardes champêtres avaient un carnet dans lequel étaient consignées les appréciations de leurs supérieurs et il se fait que Devignes en avait déchiré les pages contenant des notes négatives, de plus il avait proféré des « répliques révoltantes se permettant des expressions inconvenantes et contraires au respect dû à l’autorité locale »

Mais le reproche principal qu’on lui faisait est contenu dans les lignes suivantes :

« Il (le bourgmestre  Pierre Joseph Cuigniez) dit que l’an dernier (en 1847), lorsqu’il a adressé au garde champêtre des observations au sujet de la conduite d’un membre de sa famille et de celle de la personne qui vient d’être condamnée à la peine la plus ignominieuse pour assassinat et dont il tolérait la résidence chez lui au scandale de toute la commune, le garde champêtre s’est permis de tenir les propos les plus déplacés et les plus irrespectueux, qu’il n’a pas tenu compte de la défense qui lui avait été faite de loger chez lui l’auteur de l’assassinat commis à Rumes puisqu’il résulte de la déclaration faite par sa fille devant la cour d’assises que le jour même du crime l’assassin est encore allé chez lui pour y loger »

Plus loin on lit que les magistrats chargés d’interroger le garde champêtre dans le cadre de cette affaire ont dit que le garde champêtre était :

« indigne d’être continué plus longtemps dans ses fonctions vu son silence sur les circonstances du crime qu’il connaissait et les prétextes inventés  par lui et sa famille dans le but de disculper l’assassin qu’il aurait dû le premier dénoncer à la justice »

Il aurait fallu être assez obtus pour ne pas flairer une relation possible entre l’assassin et l’amant de la fille du garde champêtre.

La relation complète des faits ne peut être plus explicite qu’en laissant la parole à un journal tournaisien du XIXème siècle : « La Feuille de Tournai »

« La feuille de Tournai » 10 janvier 1848

« Le bruit courrait aujourd’hui en ville qu’un assassinat avait été commis hier à Rumes.  Cette horrible nouvelle n’est que trop vraie.  Le Procureur du Roi et le juge d’instruction sont partis ce matin, vers 9 heures, pour aller sur les lieux recueillir les principaux renseignements qu’on ignore encore.

Voici la version qui nous a été donnée.  Hier, vers onze heures et demie du matin, on a trouvé assassinée en son domicile à Rumes, la femme du sieur Eugène Maertens qui tient auberge à la barrière de Rumes, vis-à-vis du bureau des douanes.  Le sieur Maertens était en ce moment sorti pour faire sa visite du nouvel an au curé du village, qui est le frère de sa femme.  L’auberge du sieur Maertens est celle où vont d’ordinaire les gendarmes du lieu, qui ont leur caserne à 5 minutes de là.  L’assassinat a été suivi de vol. »

« La feuille de Tournai » jeudi 13 janvier 1848

« D’après les nouveaux renseignements que nous avons pu nous procurer sur l’assassinat de la femme Maertens, de Rumes, il paraît que sa demeure n’est pas, ainsi qu’on nous l’avait dit, située en face du bureau des Douanes, mais à l’entrée du village, près de Froidmont, non loin de l’avenue du château de Mad. Piat Lefebvre.

Cette maison est isolée.

Le cadavre de la victime a été trouvé dans un des fossés qui bordent la grand’route de Douai.  Cependant, le crime a été en partie commis dans la maison, le désordre et le sang répandu dans la chambre principale l’attestent ; la victime aura sans doute voulu échapper à son assassin qui a achevé de l’assommer dans le fossé.  Il devait être alors midi environ, car à 11 heures et demie, deux femmes allant vers Tournai, ont vu la femme Maertens à la porte de son cabaret.

On conçoit à peine l’audace d’un pareil forfait !  A l’heure de midi, dans une auberge barrière située sur une grand’route, une femme robuste de 40 ans est assassinée par un individu qui ne peut l’assommer qu’après une lutte acharnée : l’état horrible du cadavre le prouve suffisamment, et personne n’entend les cris de détresse de cette malheureuse, dont le cadavre est découvert à midi et quart.

En faisant une battue dans le bois de Vezon, situé à environ 200 pas de la maison Maertens, on a trouvé dans un buisson, le bâton ensanglanté qui a dû servir à perpétrer le crime.

Le vol a été de peu d’importance ; la recette de la barrière avait été versée la veille, et il n’a enlevé que le peu d’argent qu’il a pu trouver.

Au moment du crime, la fille de la victime ainsi que ses deux domestiques, étaient à la messe, et son mari était parti pour aller dans le pays de Charleroi faire une visite aux parents de sa femme.

Ce sont les gendarmes de la brigade de Rumes – qui prennent leurs repas chez les époux Maertens – qui ont découvert le cadavre.  Après avoir appelé vainement dans la maison, ils ont entendu sur la route les plaintes d’un jeune chien ; ils se sont dirigés de ce côté, et ont vu le pauvre animal couché sur le corps inanimé de sa maîtresse.

La gendarmerie a arrêté aujourd’hui jeudi, et écroué à la prison des Carmes, un individu véhémentement soupçonné d’être l’auteur de l’assassinat de l’épouse Maertens.  Il se nomme Alexandre Dénelin, ouvrier tanneur chez la veuve Dupont, rue de Morelle, mais résidant à Orcq.  La justice possède, dit-on, les preuves les plus accablantes contre cet individu qui, jusqu’à présent, est encore en dénégation.

Ces preuves sont une des boucles d’oreilles de la victime, trouvée dans la bourse de Dénelin et un morceau du pantalon qu’il portait et que le chien a dû arracher en défendant sa maîtresse.  Ce morceau d’étoffe, trouvé près du cadavre, s’adapte à un des pantalons du prévenu. »

« La feuille de Tournai » lundi 17 janvier 1848

 

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 Plan de la maison Maertens, à Rumes

« Quoique l’assassin de l’épouse Maertens soit en aveu, il n’a pas encore, paraît-il, dit toute la vérité ; car la version qu’il donne tend à faire croire que son action est un acte de colère exaltée et non un crime prémédité.  Ses explications sont peu vraisemblables d’après l’état des lieux.  Il dit que comme il sortait de chez Maertens, le dimanche, après y avoir pris la goutte, le chien de la maison lui a déchiré son pantalon, qu’il a rudement repoussé le chien, que la femme Maertens l’a injurié à cause de cela, qu’une querelle s’en est suivie, et, qu’aveuglé par la colère, il l’a frappée de son bâton près de la porte, qu’elle s’est sauvée alors sur la route, qu’il l’a poursuivie, etc. ; mais il proteste qu’il n’est pas rentré dans la maison, et conséquemment qu’il n’a rien pris.

D’après le plan que nous donnons plus haut, il est à peu près certain que la femme Maertens a été frappée non pas près de la porte d’entrée, ainsi que ledit Dénelin, mais près de la laverie ; la preuve, c’est qu’indépendamment de la mare de sang trouvée tout à côté, le chambranle et la porte de cette pièce sont tâchés de gouttes de sang qui ont jailli jusque-là.  La mare de sang la plus rapprochée de l’entrée de la maison indiquerait que c’est là que la malheureuse victime est venue tomber ; l’assassin la croyant morte, lui aura pris ses boucles d’oreilles, puis ses clés pour fouiller le tiroir du comptoir et le coffre du cabinet, qui ont été trouvés ouverts.  Pendant qu’il faisait ses investigations, la femme Maertens revenue à elle, aura trouvé assez de force pour sortir de chez elle, et il l’aura poursuivie et achevée.  Il est constant qu’on a trouvé sur lui une des boucles d’oreilles de la victime ; l’autre a été ramassée sur la chaussée où il l’aura laissé tomber sans doute.  Quant aux clés, elles ont été trouvées sur le fumier de la cour de la maison, dans la direction du bois où a été trouvé le bâton ensanglanté.

C’est le mari de la victime qui a mis la justice sur la voie du coupable.  En apprenant, dans les environs de Charleroi où il était alors, que sa femme avait été assassinée le dimanche vers midi :

« Je connais l’assassin » a-t-il dit, « ce doit être Dénelin !  Depuis plus de 6 mois, cet individu vient chez moi tous les dimanches à l’heure où ma femme est souvent seule, et sa manière d’être m’a toujours paru suspecte ; c’est au point que j’en avais averti ma femme. »

Les prévisions du mari, comme on sait, ne se sont que trop réalisées ! »

 

L’affaire Daneulin sera jugée en Assises à Mons le 22 février 1848 et la sentence tombera le 23 : c’est la peine de mort !

L’exécution de l’arrêt aura lieu sur l’une des places publiques de Tournai

Dans l’édition du 15 avril 1848 de la Feuille de Tournai on lit :

« Ce matin (15 avril 1848), à 6 heures, a eu lieu sur la Place Verte, l’exécution capitale de Daneulin, l’assassin de la femme Maertens de Rumes.  Une foule assez nombreuse assistait à ce triste spectacle.  M. l’abbé Renier et le père Bouchard ont donné à ce criminel, les dernières consolations de la religion.  Arrivé au pied de l’échafaud, les forces lui ont presque totalement manqué et il a été porté plutôt qu’il n’est monté  jusqu’à l’instrument du supplice.  A 6 heures et quelques minutes, justice était faite. »

Nous avons pu localiser avec précision l’endroit du crime et la maison existe toujours sans avoir subi, à l’extérieur, de transformations majeures : il s’agit du dancing qui porte le nom innocent de « La Rosière » situé chaussée de Douai à Rumes.

Plusieurs personnes d’Orcq furent citées ou appelées à témoigner Jean Baptiste Cuigniez 36 ans bourgmestre, Louis Fremeau 25 ans journalier, Armeline Wattiau 16 ans sans profession, Marie Anne Desvignes 25 ans journalière, François Vifquin 52 ans cultivateur, Catherine Leroy qui tenait le cabaret « La bite de tien » ! à Orcq, Angélique Comblez femme de Benoît Degand cabaretière à « La Bistoquette », Virginie Leroy 32 ans demeurant au café « Le Cuirassier », Albertine Dumortier femme de François Lefebvre cabaretière, Isidore Broquesoy, Noël Carpentier cabaretier.

Par ordre chronologique le dernier document du dossier d’Assises est une lettre adressée le 29 août 1848 par Eugème Maertens au Procureur du roi de Tournai commençant ainsi :

« Monsieur le Procureur,

Le misérable qui m’a privé de l’objet le plus tendre de mon amour ayant satisfait à la justice depuis quelque temps, je prends la respectueuse confiance de m’adresser à vous, Monsieur le Procureur afin de pouvoir reprendre les objets qui sont entrés comme pièces de conviction dans le jugement. …. »

Maertens demandait à récupérer les boucles d’oreilles dérobées par Daneulin à son épouse.

La Belgique indépendante a connu 54 exécutions pour condamnation à mort entre 1830 et 1863 date à laquelle, suite à une erreur judiciaire, le roi a chaque fois gracié les condamnés à mort pour des crimes de droit commun.

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 Affiche reprenant la sentence (Archives de l'Etat à Mons)

 

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Plan détaillé de la maison du crime ayant servi lors du procès d’assises (Archives de l'Etat Mons)

 En i et en h les mares de sang et en m et en l les traces de pas ensanglantés.

 

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La maison du crime, état actuel. A droite le magasin au charbon comme décrit sur le plan. La porte, entre les fenêtres, est la porte d’accès à la pièce de la maison où l’agression a eu lieu.

 

2 Drame de la misère à Orcq en 1895

Fin août 1894, Maria, domestique chez Léopold Dubus fermier au quartier du bourg à Orcq devra chercher du travail ailleurs. Le docteur Coppez à Tournai, payé par Dubus, a confirmé qu’elle était enceinte et Léopold a décidé de « lui donner ses huit jours » formule consacrée pour dire qu’elle était licenciée. Les temps sont durs et elle fait partie de la classe des moins nantis. On peut même dire qu’elle est de la classe des plus pauvres. Elle est née 22 ans plus tôt à Velaines, sa mère Julienne était fille-mère et lui a donné le jour le 31 janvier 1872.

Elle est célibataire et la naissance est prévue dans trois mois. Heureusement elle arrive à retrouver du travail dans la région, à la ferme de Julien Duwez, faubourg de Lille à Tournai. Son salaire sera de 20 francs par mois.

Fin novembre elle se rend chez Jean Baptiste Parent à Orcq qui est l’époux de Léocadie Lemaire pour pouvoir y accoucher. Odile Deneulin l’accoucheuse (une nièce d’Alexandre Fortuné Deneulin tristement célèbre à Orcq – voir première affaire traitée) l’y aide à mettre son enfant au monde le 25 novembre 1894 à 9 heures, c’est une fille. C’est Jean Baptiste qui se rend à la maison communale d’Orcq le même jour pour déclarer l’enfant.

La fillette  portera le prénom du premier enfant de Jean Baptiste et Léocadie décédé en 1882 à l’âge d’un an et demi : Azéma. Le prix de la mise en nourrice chez les époux Parent sera de 18 francs par mois. Gagnant 20 francs par mois Maria devait inéluctablement et à très brève échéance se trouver dans une situation financière inextricable.

Firmin Bourgy est maçon à Orcq et son frère Philippe travaille à Roubaix, ils habitent chaussée de Lille à Orcq. Le 9 avril et les jours suivants ils ont remarqué que quelque chose surnageait dans l’eau de leur puits ouvert qui se situe le long de la chaussée et dans lequel ils puisent l’eau pour leur usage quotidien. Le 14 avril, jour de Pâques, Philippe boit un verre dans un café de la chaussée de Lille et évoque devant d’autres personnes présentes la présence de l’objet dans le puits tout en se plaignant de l’odeur désagréable dégagée par l’eau. Ses amis évoquent la possibilité qu’un animal soit tombé dans le puits. Vers onze heures Philippe rentre chez lui et se décide à en avoir le cœur net. Il attache un crochet à une corde et essaie de ramener l’objet qui se trouve dans le puits. La réponse est immédiate et terrible : il hisse hors du puits le cadavre d’un enfant. Mise au fait de cette découverte l’accoucheuse, Odile Deneulin, arrive chez Bourgy et reconnaît l’enfant comme étant Azéma la fille de Maria. Les autorités communales sont averties.

Immédiatement l’appareil judiciaire se met en marche et l’après midi même de ce jour de Pâques le juge d’instruction auprès du tribunal de première instance de Tournai Albert Labis, accompagné du procureur du Roi Leschevin, d’Alexandre Segond Greffier et du docteur Emile Schrevens médecin légiste se mettent en route pour Orcq. Ils se rendent chez les frères Bourgy et y découvrent, dans la première place de la maison le cadavre d’une petite fille de quelques mois vêtue de vêtements grossiers.

Dès lors les interrogatoires se succèdent et en associant les différentes dépositions des témoins et de la mère de l’enfant on peut décrire le déroulement des faits comme suit :

Déposition des époux Parent (15 avril 1895)

Le 31 mars, dimanche de la passion (15 jours avant Pâques) vers 20h30 Maria s’est rendue chez les époux Parent afin d’y reprendre sa fille Azéma âgée de 4 mois. Les frais de garde qui se montaient à 72 francs n’avaient été payés que partiellement à concurrence de 50 francs. Elle dit aux Parent que sa grande tante Augustine Surmont habitant Velaines avait accepté de s’occuper de l’enfant gratuitement. Elle promettait de payer le solde le 10 avril, date où elle était payée chez Julien Duwez. A pied il faut environ deux heures trente pour relier Orcq à Velaines par les sentiers et les époux Parent proposent qu’elle emporte une bouteille de lait et un biberon ainsi qu’un vêtement supplémentaire pour protéger l’enfant du froid. Ils trouvent étrange que Marie refuse le tout et ce n’est qu’à force d’insister qu’elle accepte de prendre le biberon et le lait. Vers neuf heures elle quitte la maison des Parent pour se rendre, dit-elle, à Velaines chez Augustine Surmont.

Première déposition de Maria (15 avril 1895)

Je suis passée chez les époux Parent le dimanche de la passion pour reprendre mon enfant qu’ils soignaient mal. J’étais accompagnée de mon amoureux Victor Dubus (fils de Léopold l’ancien employeur de Maria), il est resté sur la route. Quand nous sommes sortis il a proposé de porter l’enfant, arrivé à la hauteur du puits il a proposé d’y jeter l’enfant afin de ne plus avoir à le nourrir. J’ai pleuré et essayé de l’en empêcher, sans succès. Après il s’est enfui en courant. Dubus m’avait promis de l’argent pour entretenir l’enfant et il n’a pas pu m’en donner c’est la raison pour laquelle il l’a tué. Mon intention était de le confier à ma tante Augustine Surmont à qui j’avais fixé rendez-vous au café du « Valet de pique » près de Saint Brice à Tournai. Je l’avais rencontrée le matin même à Tournai lors de la tournée de lait car elle allait à Lille et avait accepté de prendre l’enfant le soir même.

Deuxième déposition de Maria (15 avril 1895)

Ce que je viens de dire n’est pas vrai, j’ai tué seule mon enfant, personne ne m’a inspiré cette idée et je n’ai reçu de conseil de personne. J’ai été chercher mon enfant avec l’intention bien arrêtée de le jeter dans le puits où il a été retrouvé. Je me repens sincèrement de l’acte que j’ai posé et j’en demande pardon. C’est la misère qui m’a poussée à le commettre. Je gagne seulement 20 francs par mois et je devais en donner 18 pour l’entretien de l’enfant.

Le lundi 15 avril 1895 dans l’avant-midi Maria est arrêtée chez Duwez et les gendarmes auront bien de la peine à la protéger de la populace du faubourg de Lille prête à la lyncher.

On peut se poser la question de savoir si Maria avait été vraiment affectée par son acte, en effet, Clotilde Bourgois l’épouse de Julien Duwez, son employeur, déclara que quelques jours après son forfait elle chantait comme elle le faisait souvent. Le 14 avril jour de la découverte de l’enfant Jean Baptiste Parent se mit en quête de Maria afin de lui réclamer l’argent qu’elle lui devait encore. Il la trouva au café à l’enseigne du Tonnelier au faubourg de Lille. Parent au courant que son enfant avait été retrouvé dans le puits lui dit « C’est ton enfant qui a été jeté dans le puits, qu’est ce que tu as fait ? » elle lui répondit « Ce n’est pas le mien »

Le dimanche 7 avril Maria informe Odile Deneulin que son enfant est malade et le lundi 8 au matin elle lui dit que l’enfant est décédé et a été enterré la veille après midi. Odile Deneulin lui fait part de son étonnement de la rapidité de l’enterrement et de son indifférence.

Elle est écrouée à la prison de Tournai. Elle continue cependant à soutenir que Victor Dubus est le père de l’enfant ce que ce dernier nie avec force.

Le rapport d’autopsie établi par le docteur Emile Schrevens de Tournai le 15 avril se termine de de la façon suivante :

Je conclus

1° Que Azéma a succombé à l’asphyxie par submersion

2° Que son cadavre a séjourné dans l’eau une quinzaine de jours environ

3° Que le régime alimentaire auquel elle était soumise était complètement défectueux

4° Que la mort n’est pas survenue plus de deux heures après son dernier repas

L’acte d’accusation établi à Bruxelles le 27 mai 1895 se termine ainsi : Maria Léopoldine est accusée d’avoir, à Orcq le 31 mars 1895, dans l’intention de donner la mort et avec préméditation, commis volontairement un homicide sur la personne d’ Azéma sa fille naturelle.

Sur quoi le Cour d’Assises de la province du Hainaut aura à statuer.

Le procès d’Assises aura lieu à Mons le 15 juillet 1895.

Les jurés ayant répondu positivement aux questions du président concernant la culpabilité et la préméditation, l’arrêt tombera le jour même condamnant Maria à 15 ans de travaux forcés.

Le Courrier de l’Escaut du mercredi 17 avril 1895 a relaté le crime et l’édition du mardi 16 juillet de la même année a donné le verdict des Assises à la une.

Nous n’avons pas pu situer la maison des Bourgy, par contre la ferme Dubus est actuellement occupée par les établissements Waleck à Orcq et les Duwez occupaient la ferme du pavé Saint Lazare au faubourg de Lille, actuelle propriété du docteur Denis.


Pour conclure

Les archives criminelles ont permis de décrire avec beaucoup de précision des tranches de vie du XIXème siècle. J’ai été particulièrement étonné de la place importante que prenaient les cafés à ce moment. En effet une bonne partie de la vie sociale semble s’y dérouler et les témoignages relatifs à ce qui s’y passe ou ce qui s’y dit sont légion dans les deux affaires.

Un autre aspect très intéressant est celui de l’organisation de la justice qui était d’une rapidité incroyable : dans la première affaire 3 mois et 6 jours se sont écoulés entre le crime et l’exécution du coupable et dans la deuxième affaire 3 mois entre la découverte du crime et le prononcé du jugement. Justice rapide peut-être également expéditive ?

Références

Archives de l’Etat à Mons : dossiers d’Assises de la Cour de Mons 1848 et 1895

Archives de l’Etat à Tournai : consultation des registres d’état-civil d’Orcq

Courrier de l’Escaut : année 1895

Demaire Bernard : Une mauvaise rencontre à Orcq Revue trimestrielle de l’Association généalogique du Hainaut belge 2008 N° 73

Desqueper Damien : correspondance privée

La feuille de Tournai : année 1848

Pâques Raymond : correspondance privée