05/11/2013

Les habitants d'Orcq à travers quelques photos des années 50

Cet article n’a pas la prétention de constituer une contribution importante à l’histoire locale, mais il répond à un souhait de beaucoup de retourner vers un passé pas trop éloigné, qu’ils ont connu et qu’ils parent souvent de la nostalgie des temps heureux révolus à jamais.

Nous allons essayer par l’image de faire revivre les habitants d’Orcq de ces années. A cette époque les téléphones n’étaient pas munis d’un œil photographique et de plus ils étaient fixes et peu nombreux, les appareils photographiques étaient aussi rares. Les photos étaient réservées aux grandes occasions et à Orcq, comme dans beaucoup d’autres villages, c’étaient surtout les événements religieux qui  attiraient le monde et les photographes.

Les quatre événements que nous allons suivre par la photo sont : une fancy-fair à l'école gardienne en 1951, l’installation du père Denis Hamaide comme curé de la paroisse le 31 août 1952 , l’inauguration le 15 mai 1955 de la nouvelle cloche de l’église remplaçant celle volée par les Allemands en 1943 et l’installation de l’abbé Robert Leduc curé de la paroisse en octobre 1961.

Le 22 juillet 1952 décédait à Orcq Emile Delmeulle pasteur du village. Ce curé austère et sévère avait conduit ses ouailles durant trente ans et passé avec elles les dures années de guerre.

FANCY FAIR JUIN 1951 NOM.jpg    Nous conservons de lui la photo 1 prise en juin 1951, un an avant son décès, lors d’une fancy-fair organisée au profit de l’école gardienne paroissiale.

 L’abbé Delmeulle est entouré des membres du Conseil Communal : Fernand Brunelle et André Decock conseillers, Fernand Pennequin et Félix Deligne échevins en compagnie du bourgmestre Jacques Allard. En ce qui concerne la commune on peut difficilement parler de partis politiques à Orcq, en effet on n’y retrouve pas les clivages religieux, sociaux ou politiques qu’on connaît au niveau national. Il faudrait plutôt parler de deux clans et il est parfois bien difficile d’expliquer pourquoi on appartient à l’un ou à l’autre. Nous parlerons donc de parti du bourgmestre et de parti de l’opposition. Le conseil communal était formé d’un bourgmestre, deux échevins et cinq conseillers. Sur la photo les édiles communaux sont tous du parti du bourgmestre. La fabrique d’église est représentée par Octave Collyns. C’est sans doute ce dernier, professeur au collège Notre Dame de Tournai, qui a invité le père jésuite Cardol recteur du même collège. Le prêtre à l’extrême droite est peut-être l’abbé Derache curé de Froyennes.

Une installation fleurie

Le 31 août de la même année le successeur de l’abbé Delmeulle était officiellement « installé », puisque c’est le terme consacré, au village. Il était d’usage à Orcq que les autorités communales aillent accueillir le nouveau pasteur à l’endroit où la chaussée de Lille quitte Tournai pour entrer dans Orcq au lieu dit justement nommé « La Barrière ».

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La photo a été prise près de la jonction de l’allée des Patriotes et de la chaussée de Lille, près de « La Barrière ». Le nouveau curé est un père franciscain, Joseph Hamaide, père Denis en religion, professeur au collège tout proche qui se trouve près de l’église Saint Lazare à Tournai. La raison de ce choix est sans doute dictée par la crise des vocations qui commence déjà à poser des problèmes. En l’absence du bourgmestre Jacques Allard, dont l’épouse Madeleine van Dam est cependant présente, c’est le premier échevin Fernand Pennequin, ceint de l’écharpe tricolore, qui prononce l’allocution de bienvenue sous l’œil approbateur du président de fabrique Octave Collyns. Les sœurs Bothuyne jouent les petites hôtesses et s’apprêtent à offrir les bouquets d’usage au père Denis. Derrière elles se tient celui qu’on appelle « Le petit bossu » Lucien Comblez, marchand de vieux fer et coqueleux émérite dont la spécialité était d’armer les coqs de combat.

Le cortège suivait alors son cours vers l’église. Heureux temps où il ne fallait pas une armée de gendarmes pour organiser les déviations tant la circulation était peu dense. La photo suivante est celle de la halte à l’école gardienne libre, actuellement « Foyer de l’Amitié », une délégation des enfants constituée de quatre fillettes dont nous en avons reconnu deux, accompagnées de leur institutrice, Marthe Juste, offre à nouveau des fleurs au pasteur. Le village comptait à cette époque environ 25 fermes en activité contre 5 actuellement. Sur la photo on peut reconnaître 4 membres d’une des « dynasties paysannes » d’Orcq : il s’agit de l’aïeule Clémence Ghislain fille de Jules, agriculteur, qui fut durant 36 ans de 1885 à 1921 bourgmestre du village, elle-même épouse de Guillaume Luc agriculteur également. Elle était la mère d’Emilie Luc épouse de Maurice Desloover agriculteur.  Ses petits enfants Robert et Anne Marie Trifin se trouvent aussi sur la photo.

HAMAIDE INST 01.jpg

 Les trois religieuses appartiennent, semble t’ il  à la congrégation de la Sainte Union qui possède plusieurs écoles à Tournai dont une à la chaussée de LIlle. Après l’hommage de l’école libre, comme il fallait garder l’équilibre entre les réseaux d’enseignements, le nouveau pasteur eut encore droit à un bouquet, offert cette fois par l’école officielle communale des garçons. La scène est représentée sur la photo ci-dessous.

PAR F TAQUET 1 NOM.jpg

À côté du père Denis et de Fernand Pennequin on peut reconnaître René Delbart, je pense qu’il devait représenter les anciens combattants du village. C’est Francis Baudry, fils du dernier maréchal ferrant du village qui avait eu la responsabilité de prononcer le mot de bienvenue. Freddy Lefebvre, le fils du marchand de charbon, avait quant à lui la responsabilité du bouquet. Peu après mon arrivée au village, en 1957, et lors d’une conversation avec Marie Degallaix (épouse Louis Varlet – ferme du Vieux Maire) qui parlait parfaitement le picard, elle me parla de Freddy Lefebvre comme étant  « El pétit garcheon Louis XVIII ». Il m’a fallu plusieurs années pour comprendre que son grand-père était surnommé Louis XVIII non pas pour une certaine ressemblance avec le roi de France ou avec le raccommodeur de porcelaines bien connu des amateurs du folklore tournaisien, mais parce qu’il était passionné d’un jeu de cartes de ce nom. L’instituteur, « El mait Taquet » supervise le tout, il était entré en fonctions avant la guerre, mais une absence forcée de cinq ans l’avait retenu prisonnier en Allemagne, loin de ses garnements.  Son épouse était la sœur de Fernand Pennequin  qui faisait office de bourgmestre et qui allait présider aux destinées de la commune à partir de 1959 jusqu'à la fusion de communes. On ne peut reconnaître personne dans la foule trop éloignée si ce n’est le champêtre du village, René Vifquin reconnaissable à son képi. Une photo en couleur et sans képi aurait aussi permis de le reconnaître à sa chevelure rouge qui impressionnait le gamin que j’étais.

Une inauguration dans l’allégresse

L’abbé Delmeulle, curé de la paroisse, dont nous avons parlé plus haut a gardé dans les archives paroissiales une trace du vol, par les Allemands le 9 juin 1943, de la cloche prénommée Elisabeth datant de 1724.

Cloche allemands 1943.jpgIl fallut attendre 12 ans pour qu’elle soit remplacée, en effet le 15 mai 1955 Mgr Himmer évêque de Tournai vint à Orcq bénir la nouvelle cloche prénommée Marie Jean, à l’occasion de cette cérémonie de nombreuses photos furent également prises. Nous en avons sélectionné deux qui démontrent qu’à cette occasion également tous les habitants du village, ou presque, se sentaient concernés.          

CLOCHE INST NOM.jpg

La photo ci dessus a été prise en face de la ferme Ghislain au N° 36 du Vieux chemin de Lille (actuelle propriété André Soudant). Elle représente le groupe de l’école gardienne libre et leur institutrice Léonie Luc. Elle avait été engagée deux ans auparavant, le 1er septembre 1953 en remplacement de Marthe Juste (3ème photo). Le doyen Hachez accompagne l’évêque de Tournai, Mgr Himmer. A l’arrière-plan on reconnaît Lucienne Verdebout, épouse du champêtre René Vifquin. 

CLOCHES 06 NOM.jpg

A cette occasion, Jacques Allard (photo ci dessus), bourgmestre, est présent. Anglophile, il affiche cette préférence culturelle jusque dans les détails, il tient en effet à la main un chapeau melon très « british ». Les membres du conseil communal sont également présents : André Decock et Fernand Pennequin, échevins, Julien Luc, Louis Varlet et Gérard Hernould, conseillers. On mentionnera deux figures typiquement orcquoises : d’une part Jean Ghislain qui était  parrain de la nouvelle cloche, la marraine étant Madame Jacques Allard, Madeleine van Dam et d’autre part Andrée Faignard ou Dédée. On reconnaît aussi la haute stature d’Ernest Messiaen qui était secrétaire communal, fonction qu’il remplissait aussi à Marquain.

Installation de l’abbé Robert Leduc

 L’abbé Robert Leduc est arrivé à Orcq le dimanche 29 octobre 1961. Il était Tournaisien d’origine et nous venait de Croix-lez-Rouveroy où il avait exercé son pastorat précédent. Une importante délégation de ce village l’avait d’ailleurs accompagné à Orcq à l’occasion de la fête organisée à son arrivée. Cela laissait augurer que le nouveau curé, bien considéré dans son village le serait aussi à Orcq. Il fut en effet proche des paroissiens et comme il était aussi bon vivant il s’intégra de suite au village. Comme la coutume le voulait il fut accueilli à la Barrière par le bourgmestre qui était Fernand Pennequin depuis 1959. Marie José Declève, présente ce jour, nous dit que le père Denis, curé sortant, avait juste avant été conduit de l’église à la Barrière pour prendre congé de lui avant d’accueillir le nouveau curé. Le cortège se dirigea ensuite vers la chapelle Notre Dame de la Paix.

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La photo ci dessus montre le groupe de l’école des filles avec son institutrice, Madame Lacroix Fermeuse, qui venait sans doute de perdre un proche, car elle était en tenue de grand deuil, le long de la chaussée de Lille à l’embranchement de l’allée des Patriotes.

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En face de la chapelle Notre Dame de la Paix les jeunes filles du village avaient chanté un hymne de circonstance et c’était Irène Lefebvre, l’épouse de Jean Marie Vandekerkhove, qui tenait la baguette.

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Les jeunes femmes avaient,  quant à elles, formé un groupe dont on ne sait plus ce qu’il représentait. La photo ci dessus les montre à la chaussée de Lille en face de la chapelle ND de la paix. Parmi les spectateurs on distingue Maria Desloovere dont les goûts vestimentaires n’avaient plus évolué depuis les années 20. Elle était célibataire et vivait dans la ferme familiale en compagnie de sa mère et de quatre frères également célibataires. Les riverains de la chaussée de Lille l’ont vue de longues années passer une fois par semaine à pieds allant vers Tournai. J’étais très curieux de savoir où elle pouvait se rendre de façon si régulière, il n’y a que peu de temps que j’ai appris qu’elle allait, une fois par semaine, à la grotte d’Allain faire ses dévotions.

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Sur la place du village  le nouveau curé reçoit l’hommage des garçons de l’école, c’est un des frères Bargibant dont le prénom nous échappe en hésitant entre Charles et Jean Marie qui a eu l’honneur de lire le mot de bienvenue. On remarque aussi un drapeau qui est celui de la mutualité des ouvriers réunis tenu par René Delbart. Henri Lefebvre et Julien Luc, dont la ferme se trouve à l’arrière, sont conseillers communaux de l’opposition. L’abbé Joseph Bourdeaud’hui, curé de Marquain était venu en voisin.

A l’occasion de l’installation de l’abbé Leduc l’Administration communale avait fait parvenir au président de la fabrique d’église le programme de la cérémonie. Il est reproduit ci-dessous.

Il faut noter que le chemin 23 dont il est question est devenu depuis rue de la Chapelle et rue Victor Crombez.

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  Ces festivités, bien que religieuses, attiraient aussi bien les catholiques pratiquants que les autres. Tout le village se sentait concerné et participait activement afin que la journée soit une réussite. Nous espérons, par ces quelques photos, avoir pu redonner vie pour quelques instants aux nombreuses personnes représentées qui ne sont plus là.

Nous remercions Marie José Declève, Carl Delroisse et Michel Hernould pour nous avoir aidés à reconnaître certaines personnes. Et Robert Trifin pour nous avoir transmis la copie du programme de l’installation de l’abbé Leduc.

Nous ne sommes pas à l’abri d’erreurs et certaines personnes non identifiées seront peut-être reconnues par nos lecteurs : merci de m’en faire part au 069 841942