02/12/2013

Le Rieu de Maire

 LE RIEU DE MAIRE  -  B. Demaire et F. Dorpe

La source du Rieu de Maire à Orcq, est probablement alimentée par une importante nappe souterraine située entre deux couches de terrains crétacés.Des silex de l’époque néolithique ont été trouvés à proximité et non loin de là des débris de céramique et tuiles gallo-romaines.[1] Nous avons personnellement fait les mêmes observations non loin de la source.

Sur le territoire d’ Orcq le Rieu de Maire s’appelle « Rieu d’Orcq ». Les anciens du village appellent encore leur ruisseau sous le nom de « Les Rieux », nous verrons que cette appellation a un fondement.

La carte de l’Institut Géographique National au 1/25000 montre un cours relativement simple de direction SO – NO. La source se situe au centre du village à la Fontaine. Toujours sur la même carte on voit à hauteur de la propriété de la Marlière un petit affluent venant d’un étang de la propriété lui-même alimenté par un petit ruisseau dont on ne voit pas la source se jeter dans le ruisseau qui continue jusque la Marmite.

 

BAILLIEU 1709.jpg

 

Les cartes anciennes montrent un cours plus net de la partie qui traverse la Marlière. Le plus ancien plan que nous ayons consulté datant de 1582 montre la ville et les environs lors du siège de Tournai de 1581.[2] On y voit un ruisseau formé par deux sources distinctes, l’une étant la Fontaine actuelle  et l’autre se situant aux environs de la chapelle Notre Dame de la Paix. À l’ occasion de ce siège, le quartier général des assiégeants se trouvait au village d’Orcq et Farnèse, commandant les opérations, logeait au château de la Marlière. En 1513 le même château avait accueilli Henri VIII lors du siège de Tournai par les Anglais.

Plusieurs plans relatifs au siège de Tournai de 1709 , manifestement copiés les uns sur les autres, montrent la même disposition des lieux.

Toutes ces cartes, dont celle représentée ci-dessus[3] sont approximatives et l’église d’Orcq, à cette époque, ne se trouvait pas à l’endroit indiqué près de B. La source actuelle au centre du village A est ici dénommée Desnouville, alors que de Ferraris[4] (sous le nom Dernouville), le terrier de l’abbaye Saint-Martin[5] (sous le nom d’Ernouille – sans doute a-t-on voulu écrire Ernouville) et le terrier de la cathédrale de Tournai[6] (sous le nom d’Arnouville) situent la source de ce nom à la Marmite. En plus de cette graphie, j’ai pu retrouver : Fontaine des Mourvilles, Fontaine Desnonville, et Fontaine d’Ennonville.

La source B alimentait les douves du château qui existent encore. La partie B-C qui se trouve actuellement en grande partie sur la propriété de la Marlière a été canalisée et on ne sait plus très bien où elle se situe ni où se trouve la source. Il y a quelques années nous avons pu approcher, au foyer de l’Amitié situé non loin de la source B, un passage souterrain rempli  de plus d’un mètre d’une eau très claire.

FERRARIS BOURELLE 2.jpg

La carte de Ferraris renseigne encore une autre source se jetant dans le Rieu d’Orcq dont le nom est fontaine Bourelle (voir carte ci-dessus).

Cette source se situe à gauche de la rue Gaston Horlait, non loin de l’endroit où le Rieu passe en dessous de cette rue 3. Pour se repérer sur la carte on trouve en 1 la source principale du Rieu, en 2 la fontaine Bourelle, en 4 l’ancienne église perpendiculaire à la rue de l’église à cette époque et en 5 la ferme du Vieux Maire.

Cette source est actuellement complètement dérobée aux yeux du passant. Elle a été définitivement canalisée au début des années 1950 lorsque les Glorieux, propriétaires de la ferme qui se trouve à cet endroit, ont réalisé des travaux d’agrandissement. La source n’est pas tarie et son eau se jette dans le Rieu sous la rue Gaston Horlait, elle sert aussi à abreuver le bétail de la ferme.

Au nord de la propriété de la Marlière, la source B par l’intermédiaire des douves (voir photo de 1709 plus haut)  a alimenté un étang artificiel (voir plus bas  f carte OSM), repris sur la carte IGN, creusé en 1870 par Victor Crombez propriétaire des lieux. Une photo des années 1930 montre des ouvriers occupés au curage de cet étang.

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Faute d’entretien cet étang s’est ensuite colmaté, mais tout récemment les propriétaires actuels de la Marlière l’ont à nouveau curé et rempli.

La carte (© OSM Open Street Map) ci-dessous aidera à clarifier le cours du Rieu dans la propriété de la Marlière. En 1 une petite mare d’environ 8 m de longueur continuellement remplie d’une eau claire alimentée par une source se jette après un court trajet d’une trentaine de mètres dans le Rieu d’Orcq. En b-c nous avons tracé le cours canalisé et souterrain supposé de la branche B-C reproduite plus haut sur la carte de 1709. Le plan de la ville de Tournai par Carlez Gaudy en 1829 (Tournai, A.É.T.) montre ce tronçon à ciel ouvert sous le nom de Rieu d’Orcq, malheureusement la carte s’arrête avant la source.

Carte OSM.jpg

En 2 un remous dans les douves indique une arrivée permanente d’eau qui est sans doute celle provenant de la canalisation b-c. En 3 on trouve une autre arrivée permanente d’eau qui est probablement l’indication d’une source supplémentaire. En d un trop-plein alimente une portion canalisée d-e qui se poursuit par un cours de ruisseau à ciel ouvert où l’eau coule par intermittence en cas de fortes pluies ou lorsque la vanne du trop-plein est baissée. Par le parcours d-f on peut alimenter l’étang dont on a parlé plus haut, ce dernier est aussi alimenté en cas de besoin par une pompe plongeant directement dans le Rieu.

Le Rieu d’Orcq poursuit ensuite son cours jusqu’à la Marmite. À cet endroit dans la plaine de jeux actuelle se trouve une autre source qui se jette dans le Rieu. Nous l’appellerons Fontaine d’Arnouville, bien que de nombreuses variantes existent et que certains auteurs aient employé ce nom pour désigner la Fontaine source principale du Rieu d’Orcq au centre du village (voir plus haut).

Le 12 février 1478, Maximilien d’Autriche, devenu l’époux de Marie de Bourgogne (la fille de Charles le Téméraire) arriva  devant Tournai. Il « rangea ses troupes en bataille vers le Poncelet d’Arnouville, avec leurs bannières déployées et plusieurs serpentines et engins à poudre devant eux. […] Les gens de guerre sortis de la ville à la rencontre de cette armée étaient divisés en trois corps : un capitaine du nom de Meurisse était posté derrière la bonne maison du Val d’Orcq, sur les champs, le seigneur de Buisset auprès de l’Esscorcequeval et le troisième corps en la vallée de Froyennes. Ce dernier seul s’escarmoucha avec les Bourguignons auquel il prit un cheval et blessa plusieurs hommes ; mais ceux de Tournai eurent plusieurs blessés et deux piétons tués. Ainsi ce déploiement de force qui, selon toute apparence, devait amener un combat sérieux n’eut qu’une escarmouche pour résultat et l’affaire en resta là[7]». En partant, Maximilien d’Autriche incendia Orcq et Froyennes. 

À cet endroit le 21 août 1478, « deux Bourguignons furent pris en flagrant délit de pillage près le pont d’Arnouville à Orcq, livrés au lieutenant du bailliage et condamnés à être pendus le même jour au gibet de Maire, où ils furent menés sur un chariot traîné par deux juments qu’ils avaient volées[8]».

Ce lieu a eu son moment de célébrité en 1566, en pleine frénésie des guerres de religion. Le pont d’Arnouville a été le lieu de prêches calvinistes. Le 28 juin 1566 à onze heures du soir, Ambroise Wille, formé par Calvin, y tint un prêche qui avait attiré 6000 personnes. Deux jours plus tard, 10000 personnes se rassemblèrent au même endroit pour entendre un autre prédicateur : Pérégrin de la Grange. Toujours au pont d’Arnouville ce sont 20000 personnes qui se réunirent pour entendre, à nouveau Ambroise Wille le 7 juillet .[9]

Ces prêches se donnaient au pont d’Arnouville, car, les participants pouvaient, si les gens d’armes de Tournai arrivaient, passer le la rive droite du ruisseau sous la juridiction de Tournai et sa banlieue, à la rive gauche sur Froyennes sous la juridiction du Tournaisis.[10]

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Le plan ci-contre (le sud est en haut) est extrait du terrier de l’abbaye St Martin[11] Il montre le cours du Rieu de Maire sur le territoire d’Orcq entre sa source et la Marmite (en 222). On y voit au  niveau de la source, la Fontaine, un petit filet d’eau semble se jeter dans le ruisseau naissant, ce filet prend sa naissance sous « le pavé de Tournay à Lille ». Il y a là un pont très anciennement connu sous le nom de pont Royal. Une autre source probablement canalisée depuis très longtemps se situe sans doute plus loin et pourrait constituer une septième source du Rieu.

Les cinq à sept sources différentes du Rieu d’Orcq décrites ci-dessus et alimentant deux branches différentes du ruisseau sont, à notre sens, la raison pour laquelle, localement, le ruisseau s’appelle « Les Rieux ».

Aux XVIIIe et XIXe siècles, le Rieu d’Orcq entre la Fontaine et la Marmite, était un lieu de promenade réputé et fréquenté par la bourgeoisie tournaisienne. « Sous le règne de Louis XIV, cette délicieuse fontaine était le rendez-vous de la fashion du temps. On s’y rendait en foule dans la belle saison pour jouir de la fraîcheur de ses eaux et de l’abri de ses futaies séculaires ».[12]

Nous avons une bonne raison de croire que le nom d’Arnouville (et ses variantes) s’applique bien à la source de la Marmite – c’était du moins le cas en 1794 - on peut en effet, dans le registre des baptêmes d’Orcq[13] de cette année, lire, écrit de la main de l’abbé Morelle, curé de la paroisse à l’époque:

«Le 4 d’aoust 1794 j’ay baptisé Antoine Joseph Dernouville fils d’un père et d’une mère inconnu trouver hier vers les dix heures du soir proche de la maison de la veuve de Louis Hovine à la Marmite pouvoir de cette ville… »

Le 8 du même mois, un enfant paraissant âgé de 2 jours était déposé au même endroit.

On peut donc justement penser que la transformation récente, au centre du village, du nom de le rue de la Fontaine en rue de la Fontaine d’Arnouville est une erreur.

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 Extrait de la carte de Ferraris qui montre la fontaine Dernouville ou Arnouville (au lieu dit la Marmite indication ajoutée à la carte originale)

 Nous n’avons pas trouvé de mentions ou de cartes relatives à des installations artisanales du type moulin ou autres le long du Rieu sur le territoire d’Orcq à l’exception de la Marmite où était installée vers la moitié du XIXe siècle, une blanchisserie de tulle. Cette blanchisserie qui avait des besoins importants en eau, la puisait à la source dans la propriété. On peut lire dans les rapports du conseil échevinal d’Orcq[14] :

Le 20 8 1842 :

Sous le point Commerce et Industrie, on dit que la blanchisserie de Tulle (à la Marmite – famille Boulogne) n’a pas transmis les informations demandées pour juger de l’importance de l’entreprise.

Le 22 11 1844 :

MM Boulogne frères introduisent une demande tendant à obtenir l’autorisation d’établir une machine à vapeur dans leur établissement de blanc et d’apprêt situé à Orcq, l’autorisation est accordée.

Le 20 9 1858 :

Sous le point Commerce et Industrie on lit que la blanchisserie qui existait à Orcq ne marche plus et les bâtiments ont été affectés à une autre destination étrangère à l’industrie.

Ces extraits des conseils échevinaux d’Orcq montrent que cette blanchisserie a existé, à la Marmite, au moins de 1842 à 1858. La Marmite appartenait à Charles Désiré de  Boulogne père (Joncourt France 1788 – Tournai 1864). Nous possédons en archives privées des comptes datant de 1849 à 1860, relatifs à la famille Boulogne et à la blanchisserie d’Orcq. Charles Désiré fils deviendra artiste peintre et s’établira à Paris, nous possédons le relevé de ses biens à son décès qui témoigne d’une très grande aisance financière. La Marmite deviendra la propriété de la fille de Charles Désiré fils, Élise Aimée née à Tournai le 3 décembre 1865 qui en fera donation aux salésiens de Don Bosco en 1948.

À la même date du 20 septembre 1858, on trouve aussi ce qui suit dans le rapport du conseil échevinal : « La disette d’eau qui se fait sentir dans notre commune, comme ailleurs, a fait réclamer les habitants de Froyennes contre deux prises d’eau pratiquées sur le Rieu d’Orcq. En présence des dispositions des articles 640 à 648 du Code civil on se demande si les habitants du territoire sur lequel un ruisseau s’écoule n’ont pas le droit d’y puiser toute l’eau qui leur est nécessaire pour leurs besoins journaliers avant de laisser passer le surplus à un hameau voisin dont les habitants vont puiser au même ruisseau qui traverse leur  localité, l’eau dont ils peuvent avoir besoin »

À partir de la Marmite le Rieu continue son cours en formant la limite entre Tournai et Froyennes, une autre carte extraite du terrier de l’abbaye Saint-Martin, nous en donne un plan détaillé jusqu’à son embouchure dans l’Escaut.[15]

TERRIER ST MARTIN RIEU ORCQ 1.jpg

Ce premier tronçon nous donne le Cours du Rieu entre la Marmite et la chaussée de Lannoy. Laissons à un historien local le soin de le décrire : « Autrefois, à 150 mètres du Pont d’Ernonville, le Rieu s’élargissait et formait une sorte d’étang. Ce dernier servait de réservoir pour l’alimentation en eau du moulin Brisé qui se trouvait 250 mètres plus bas. De ce moulin, il n’existe plus qu’une chute d’environ deux mètres de hauteur sous une des maisons du chemin des Mottes, au Petit-Maire. »[16]  

La carte montre en effet, après la Marmite et sur la rive gauche un élargissement du ruisseau appelé « Les viviers ». On peut supposer que cette réserve d’eau servait à la fois pour élever des poissons et de réserve d’eau pour le moulin Brisé ou Brizé comme indiqué sur la carte.

 

TERRIER ST MARTIN RIEU ORCQ 2.jpg

Le dernier tronçon ci-dessus extrait également du terrier de l’abbaye Saint-Martin nous donne le cours du ruisseau entre la chaussée de Roubaix et l’embouchure sur l’Escaut. Cette partie est actuellement entièrement canalisée. Le plan montre au niveau de la parcelle J, l’ Welle qui se jette dans le Rieu de Maire sur la rive gauche. Laissons à nouveau la parole à l’historien Froyennois pour décrire ce tronçon :

Coulant sous le « pont du Moulin Brisé », le ruisseau pénètre dans l’ancien domaine des Mottes, aujourd’hui morcelé ; il rencontre le pont de l’ancienne cense des Mottes et une centaine des mètres plus loin, il reçoit l’Welle à sa gauche ; il continue alors son cours entre les anciens étangs des Mottes. Autrefois, il passait au pied du château de Maire et faisait tourner le moulin de Maire (Source des Mottes). Il arrive ensuite au pont de Maire [qui relie la drève de Maire à Tournai au faubourg de Maire à Froyennes] et coulant toujours vers le Sud-Est, il ne se jette plus dans l’Escaut comme autrefois, mais dans le collecteur des égouts de la ville de Tournai ».

À noter que dans la seconde moitié du XXe siècle, divers travaux de voûtement ont été réalisés depuis la Résidence des Mottes jusqu’au talus du chemin de fer.

La « Source des Mottes a été pendant la première moitié du XIXe siècle un lieu de délassement particulièrement apprécié des Tournaisiens. Cette carte postale des années 1900 en témoigne.

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  Déploiements de troupes, escarmouches, etc. au pont de Maire

Au fil des siècles, le Rieu de Maire et  le pont de Maire, ont été le théâtre de maints événements. Rarement heureux, bien souvent tragiques. Petit tour d’horizon :


§  c’est « depuis le Rieu de Maire jusqu’à la porte de Valenciennes et au couvent des Frères mineurs [17] », etc. que les Flamands installèrent leurs lignes, en août 1303[18], quand ils assiégèrent Tournai[19] ;

§  les Flamands étendirent à nouveau leurs lignes depuis - notamment - le Rieu de Maire[20] lorsqu’au début la guerre de Cent Ans[21], avec les Anglais, les Hollandais, les Allemands, etc., ils se lancèrent dans le siège de Tournai; quelques jours avant ce siège, une patrouille tournaisienne partie en reconnaissance à Ramegnies-Chin (où Édouard III et ses troupes étaient venus rejoindre les Flamands) fut repérée et poursuivie « jusqu’au pont de Maire ; là, l’ennemi fut arrêté[22] » et refoulé après une lutte acharnée au cours de laquelle le capitaine tournaisien Baudart-Quiéret et soixante de ses hommes perdirent la vie ;

§  ce ne sont pas les seuls Tournaisiensà avoir été tués aux abords immédiats du pont de Maire. Vers 1360, le bailli d’Ypres,Olivier Steeland, « vient un jour se présenter à la porte des Sept-Fontaines (qui donnait accès au quartier de la Madeleine à Tournai) avec soixante hommes armés  [bien résolu à se venger des Tournaisiens qui quelque temps auparavant avaient arrêté, puis pendu l’écuyer avec lequel il était venu appréhender un fauteur de trouble de sa région.] Il fait main basse sur le premier bourgeois qu’il rencontre et en blesse plusieurs autres qui fuyaient dans la ville ; puis il profère mille et une injures aux habitans, les défie et tempête aussi longtemps qu’il faut pour les décider à prendre les armes. Les Tournaisiens sortent enfin au nombre de 400 ; ils s’élancent vers lui enseignes déployées ; le bailli recule et bat en retraite à petits pas jusqu’au pont de Maire, qu’il passe avec précipitation, feignant de fuir. Les Tournaisiens s’empressent de passer le pont après lui ; il revint à la charge, et une volée de traits tirés de son côté fait tomber sur le carreau 36 Tournaisiens ; cela fait ; il se retira sans perdre un seul homme[23]. »

§  d’un autre côté, en 1382, après avoir infligé une lourde défaite aux Flamands à Rozebeke (Flandre occidentale), le roi de France Charles VI « à la tête de son armée victorieuse, vint loger à Tournai [et les magistrats tournaisiens], vêtus de blanc, allèrent le recevoir au Pont de Maire. Le [roi] traînait à sa suite beaucoup de prisonniers flamands[24] ». Parmi eux, non seulement des hommes, mais aussi des femmes et même des enfants ;

§  vaincus mais indomptés,  les Flamands vinrent deux ans plus tard « brûler les faubourgs [de Tournai], enlever un étendard suspendu à une porte de la ville [et mettre entre autres] le feu au pont de Maire [25]»;

§  le pont de Maire en a encore vu d’autres. Le 27 juin 1477, les Bourguignons qui avaient déjà mené divers raids dans le Tournaisis[26], traversèrent à l’aube le faubourg de Maire à Froyennes, franchirent le pont de Maire et s’avancèrent dans la drève de Maire à Tournai. Ils étaient environ 8.000. « Les capitaines de Tournai sortis à la tête de leurs gens repoussèrent l’ennemi jusqu’à Pont-à-Chin, où ils remportèrent une brillante victoire[27]. » Trois jours plus tard, les Bourguignons, qui s’étaient retirés à Espierres, vinrent incendier le faubourg de Maire à Froyennes. « Le lendemain, la garnison tournaisienne partit pour Espierres venger cet affront. La victoire se déclara encore pour elle. Le soir, elle revint parmi les débris fumants de Maire, ramenant en triomphe devant elle 1.000 prisonniers, le grand étendard aux armes de Bourgogne, dix-sept drapeaux aux armes de Bruges, l’Écluse, Courtrai, Thielt, Damme et autres villes de Flandres. Le butin  comprenait en outre vingt-sept guidons, trente couleuvrines, ainsi que toutes les tentes et les bagages des Bourguignons[28]. »

§  une escarmouche de plus s’est déroulée en 1667 au pont de Maire. Après avoir pris Bergues, Courtrai, Dixmude, Armentières, Charleroi et Ath, Louis XIV (qui était en guerre contre l’Espagne) s’attaqua à Tournai. L’investissement de la ville débuta dans la nuit du 20 au 21 juin. « Le même jour, 21 juin, quelques compagnies d’esleus[29] du régiment de Bruxelles  [qui avaient été envoyées en renfort] d’Audenarde où elles étaient en garnison […] se laissèrent couper et vaincre par les Français et ce par défaut de précaution. En effet, le 20 après minuit, arrivés [au pont de Maire], succombant à la fatigue, en attendant l’ouverture des portes[30], les esleus se couchèrent le long du chemin, sans prendre le soin de placer des sentinelles. Les [Français] les aperçurent, les surprirent dans leur sommeil, les réveillèrent à coups de pistolets et d’épées, s’emparèrent des uns, mirent en fuite les autres, si bien que de 400 qu’ils étaient, c’est à peine s’il pénétra une centaine dans la ville tant fuyards que blessés, avec leur major et quelques capitaines…[31]» ;

§  tout autre chose. Le 23 mai 1673 - on était alors en pleine guerre dite de Hollande -, on vit passer un fastueux cortège à la chaussée de Courtrai à Froyennes et au pont de Maire. C’était le Roi-Soleil en personne qui venait conduire la Reine à Tournai[32] avant de partir assiéger Maastricht (un siège qui dura deux mois) ;

§  il y eut aussi une taverne enseignée « Au Pont de Maire ». Elle existait déjà  à la fin du XVIIe  siècle. Elle était sise contre le Rieu de Maire immédiatement à droite en venant de Tournai. Elle était toujours là au XIXe siècle. Elle changea de dénomination et porta l’enseigne du Pont Royal quelque temps après que le Roi des Belges Léopold 1er - qui allait inaugurer le canal de Bossuyt - se fut arrêté à sa hauteur pour prendre congé du « Magistrat de Tournai » et recevoir les compliments du conseil communal de Froyennes. Cette taverne fut démolie vers 1885. À son emplacement, à la fin du XXe siècle, il y existait encore un café à l’enseigne du Pont Royal (c’est à présent le restaurant   « Léon 1893 »)[33] ;

§  par ailleurs, le 3 juin 1781, venant de Tournai, Joseph II passa par la chaussée de Courtrai à Froyennes et le pont de Maire pour se rendre à Courtrai[34].

§  lors de la Grande Guerre, les troupes alliées commencèrent à regagner le terrain perdu à partir de août 1918. Lens, Lille et Douai furent libérées par la 5e armée britannique le 17 octobre 1918. Le lendemain, l’offensive anglaise se précisa dans le Tournaisis. Bombardés, les Allemands furent forcés de reculer. Le 21 octobre, les Anglais arrivèrent au Trieu du Loquet à Froyennes, à Marquain, au Pic au Vent. Le 24 octobre,ils purent prendre position le long du rieu de Maire[35]. La rive gauche de l’Escaut à Tournai ne fut libérée que le 8 novembre1918;

§  au début de la guerre 40-45, lors de la bataille de l’Escaut, c’est notamment au faubourg de Maire à proximité du Rieu de Maire et du « Pont Royal » que le 6e bataillon britannique des « Lancashire Fusiliers » se retrouva face aux Allemands.  Les combats firent surtout rage le 21 mai 1940. Les Anglais perdirent la plupart des leurs aux alentours du talus du chemin de fer. Les blessés furent soignés au château de Beauregard à Froyennes où un poste de Croix-Rouge avait été installé (« L’Avenir du Tournaisis »  du 3 juillet 1972).

Les moulins à eau

Trois moulins à eau se sont échelonnés le long du Rieu de Maire. Leur existence « nous est révélée par des chartes de l’Abbaye Saint-Martin datées des XIIe et XIIIe siècles. […] En 1184, l’un d’eux a déjà vécu [il devait se trouver à proximité de la ferme des Mottes].

Le plus connu, appelé dans ces chartes « molendinum superior » était celui situé le plus en amont sur le ruisseau. Dénommé plus tard le « moulin Brisé », il est cité fréquemment dans l’histoire de Tournai et dans les actes conservés dans les archives communales de Froyennes. [Enfin, il y avait] le « molendinum inferior » ou « moulin de Maire » [qui] était situé aux abords du « pont de Maire », près des viviers de Saint-Martin, là où fut par la suite la propriété connue sous le nom de « Source des Mottes ». [Les moulins Brisé et de Maire] ne paraissent pas avoir survécu [au-delà] du début du dix-neuvième siècle[36].»

Le Péage

« Le Péage ou Payage était un fief  incorporel consistant en un droit de péage d’un patard prélevé sur chaque chariot chargé passant sur le pont de Maire, et ce, depuis le 29 juin jusqu’au 1er septembre de chaque année.

La bannière de ce fief était plantée sur la gauche du grand chemin royal de Tournay à Audenaerde (l’actuelle chaussée de Courtrai), à proximité du pont. Le détenteur du fief avait à sa charge l’entretien de ce pont, comme jouissant du droit de tonlieu.

Au XVIe siècle, le Péage appartient à Gervais de Cambry, seigneur de Corroy, du Payage, etc., bourgeois de Tournay. 

[Par la suite, ce fief revint à d’autres seigneurs. À la mort de Ignace-François Vranckx de Beauregard en 1757,] le Péage  passa à son fils Théodore-Antoine-Joseph Vranckx de Beauregard  (1748 + an VII). Celui-ci, en 1784, affermait le droit de péage deux cents florins l’an à un cabaretier du faubourg de Maire.

La Révolution française ayant aboli les droits féodaux, Théodore fut le dernier seigneur du Péage[37]. »

 

[1]J. BAUDET, Nouveaux gisements Préhistoriques, Protohistoriques et Romains dans le Tournaisis, Bulletin de la Société royale belge d’Anthropologie et de Préhistoire, 1939,  p.30, 31, 32 et 34.

[2] LEPOIVRE, Recueil de plans de villes et de châteaux, de fortifications et de batailles, de cartes topographiques et géographiques se rapportant aux règnes de Charles-Quint, de Philippe II et d’Albert et Isabelle, 1585-1622, Bibliothèque Royale de Belgique

[3] BAILLIEU, Plan de la ville de Tournay 1708

[4] J.J.F. DE FERRARIS, Carte de cabinet des Pays-Bas autrichiens,1771-1778

[5] Archives de l’État à Tournai, Terrier de l’abbaye St Martin, Fin XVIIIe siècle,

[6]Archives de la cathédrale de Tournai, Terrier 48, 1791

[7]Souvenirs et légendes des communes de l’ancien Tournaisis, Société royale d’Histoire et d’Archéologie de Tournai - section Arts et Traditions populaires -, 1990, p. 94.

[8]Souvenirs et légendes des communes de l’ancien Tournaisis, op. cit., p. 94.

[9]J. LOTHROP MOTLEY, La révolution des Pays-Bas au XVIIIe siècle, Librairie universelle Bruxelles 1859 T 2 p. 53

[10]F. DESMONS, Maire. Guide du Promeneur, Revue Tournaisienne, juillet 1909, p.125.

[11]Archives de l’État à Tournai, op. cit.

[12] J. BAUDET, Op. cit., p. 32

[13] Archives de l’État à Tournai, Registres paroissiaux d’Orcq

[14]Archives communales à Templeuve, Rapports des réunions du conseil échevinal d’Orcq

[15]Archives de l’État à Tournai, op. cit.

[16] A. VANDENNIEUWENBORG, Histoire de Froyennes, Charleroi, 1965, p. 166.

[17] A. CHOTIN, Histoire de Tournai et du Tournésis, Massart et  Janssens, Tournai, 1840, Tome I, p. 251.

[18]Un peu plus d’ un an après la bataille des Éperons d’Or ( juillet 1302). 

[19]Qui ressortissait alors directement au roi de France.

[20] A. CHOTIN, op. cit., Tome I, p. 294.

[21] Plus précisément en 1340.

[22] A. CHOTIN, op. cit., Tome I, p. 293.

[23]J.-B. FLAMME, Histoire de la ville de Tournay, Imprimerie de Massart et Janssens, Tournay, 1839, p. 81 et 82.

[24]A.F.J. BOZIERE, Tournai ancien et moderne, Édition Culture et Civilisations, 1160 Bruxelles, 1974, p. 543.

[25]A. VANDENNIEUWENBORG, Histoire de Froyennes, Charleroi, 1965, p. 210.

[26]Durant son règne, le roi de France Louis XI s’efforça notamment de briser la puissance de la maison de Bourgogne (qui avait pris beaucoup d’expansion). L’affrontement entre les deux parties dura des années.

[27]Souvenirs et légendes des communes de l’ancien Tournaisis, op. cit., 1990, p. 12.

[28]A. VANDENNIEUWENBORG, op.cit., p. 213.

[29]« Ces esleus constituaient une milice médiocre, véritable ramassis de gens inhabiles, indisciplinés, raisonneurs, rassemblés au petit bonheur… » (Fernand Desmons, La conquête en 1667, Casterman, Tournai, 1905, p. 78).

[30]La nuit, le pont de Maire était fermé par des barrières verrouillées.

[31] F. DESMONS, op. cit., p. 98.

[32] A. VANDENNIEUWENBORG, op.cit., p. 234.

[33] F.DORPE, Froyennes, de la Préhistoire au XIXesiècle, Cercle des Collectionneurs de Froyennes, 2011, p 45.

[34] A. VANDENNIEUWENBORG , op.cit., p. 253.

[35] A. VANDENNIEUWENBORG, op.cit., p. 262.

[36]A. VANDENNIEUWENBORG, op.cit., p. 170.

[37]A. VANDENNIEUWENBORG, op.cit., p. 61 et 62.

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