17/11/2013

Henri VIII à la Marlière à Orcq lors du siège de 1513

En cette année 2013, il y a eu 5 siècles que la ville de Tournai a été conquise par Henri VIII. Le 13 ou le 14 septembre 1513, il établissait son quartier général à Orcq au château de la Marlière.

HENRI VIII 5C.jpg

Henri VIII Gravure de Gérard Valck d’après un portrait à l’huile d’Adriaan Van der Werf. (collection personnelle)

Sur la gravure on retrouve un poème consacré au roi :

J’estimai la vertu mais j’aimais trop le vice

Mes passions sans frein désoleront ma cour

Femmes et favoris se virent tour à tour

Comblés de mes bienfaits et trainés au supplice    

Pour écrire cette note nous nous sommes essentiellement basé sur une relation contemporaine des faits, des démêlés diplomatiques qui accompagnent la soumission de la ville de Tournai aux Anglais, que nous appellerons  le manuscrit 214 de la bibliothèque de Tournai. Ce document qui a  disparu dans la tourmente de mai 1940 est intégralement reproduit dans un ouvrage d’Adolphe Hocquet[1].

Sans entrer dans les détails de l’histoire du XVIe siècle, on rappellera qu’en 1513 une coalition comprenant le pape Léon X, le roi d’Espagne Ferdinand d’Aragon, l’empereur d’Autriche Maximilien et le roi d’Angleterre Henri VIII avait ouvert les hostilités contre la France.

Au mois d’août, Maximilien et Henri VIII, après avoir pris, pillé et détruit Thérouanne avaient, décidé de mettre le cap sur Tournai. La prise de Tournai qui affaiblissait la France convenait très bien à Maximilien même s’il  laissait la ville à Henry dont il savait très bien qu’il n’en tirerait pas grand-chose.

Dans la nuit du 9 au 10 septembre, un curé de village dépêché par le Seigneur de Wannehain vint avertir le Magistrat de Tournai que les Alliés marchaient contre la ville. Les habitants des faubourgs se réfugièrent dans la ville avec bétail et biens et on acheva de brûler les faubourgs et d’abattre les arbres[2]. Dans la destruction disparurent l’abbaye des Prés[3] et la maladrerie du Val[4].

Talbot, lieutenant général de l’armée anglaise, avait quitté Lille le mercredi 14 septembre pour venir camper à une lieue de Tournai sur le Mont Doré au midi du chemin de Lille entre Orcq et Marquain. Maximilien et Henri le suivaient. L’empereur logea au presbytère d’Orcq et Henri non loin de là « en une tour qui est une cense close d’eau ».Il semble que l’on doive lire « Mont d’Orcq » qui se trouve en fait au nord de la chaussée de Lille. Il est possible que les armées venant de Thérouanne soient arrivées par le chemin du même nom[5] auquel cas le Mont Doré se trouvait bien au sud. C’est d’ailleurs ce que pense Desmons qui en marge de ses notes manuscrites écrit en face de Mont doré : Mont d’Orcq ?[6] Une autre source donne comme date de l’établissement du quartier général anglais à Orcq le 13 septembre soit un jour plus tôt[7].

Le 9 septembre à Flodden dans le nord de l’Angleterre, Jacques IV d’Ecosse est défait par les Anglais et tué lors de la bataille. Sa cotte de mailles[8] et ses gantelets d’acier seront envoyés à Henri VIII qui les recevra à son campement de la Marlière le 20 septembre, la cotte de maille sera montrée à Maximilien[9]

Le 21 septembre, les plénipotentiaires tournaisiens chargés de la reddition rencontrèrent les alliés à Maire dans le bâtiment qui abritait le baillage de Tournai. C’est là qu’apprenant avec stupéfaction qu’ils devraient se soumettre à Henri plutôt qu’à Maximilien, ils demandèrent à rencontrer ce dernier qui les reçut au château des Mottes à Froyennes[10] où il résidait. Il était accompagné d’Henri. Le roi et l’empereur leur confirmèrent que Tournai serait investie par les Anglais. Il se peut qu’entre le 14 et le 21 l’empereur Maximilien ait quitté le presbytère d’Orcq pour le château des Mottes. Une autre chronique situe cependant cette rencontre à Orcq[11] : « L’empereur les voyant en son logis au villaige d’Orcque en genoulx, sans en avoir pitié, leur dict : Entrés, vous Tournisiens par trop incorrigibles… »

Le 23 septembre fut le jour de la capitulation, mais laissons la place au chroniqueur en reprenant le texte reproduit dans le manuscrit 214 :

« Le lendemain quy fut le vendredy, (donc le 23 septembre) de l’après disné, les quattre chiefz de ladicte ville avecq les deputez dessusdis et pluisieurs notables personnaiges de la ville en bon nombre tant de messeigneurs de l’église comme aultres, se trouvèrent vers ledit Roy en son camp en dehors d’Orque, du costé de la ville où il avoit fait tendre et dreschier une tente toute de drap d’or à forme de pavillon à ung lion d’or pardessus, laquelle estoit grande et fort riche et y avoit escript au dessus des bordures et rabastiaulx de alentour d’icelle en lettre Romaine « Dieu et mon droict » et venant de son logis quy estoit la cense et maison de la Marlière, appertenant à Jacques de Cordes, se vint bouter soulz ceste tente accompaignie de grand nombre de ses princes en moult beaux et riches accoustremens »

Ce texte est des plus intéressants puisqu’on peut conclure que la capitulation a été signée non loin d’Orcq vers Tournai dans une tente luxueuse érigée aux grandes occasions. Arrivant à cette tente Henri venait de son logis provisoire, la maison ou château ferme de la Marlière qui appartenait à ce moment à Jacques de Cordes. Il faut aussi apporter une petite correction à la relation des faits ; en effet la tente royale était surmontée d’un léopard d’or qu’on retrouve dans les armes des Tudor et non un lion ! Ce détail est d’ailleurs confirmé dans une autre chronique  dans laquelle on parle d’ « ung luppart acroupy, grant comme ung chien, tout de fin or massief »[12], cette chronique précise aussi que les Tournaisiens restèrent agenouillés une heure ou plus lors de cette rencontre.

Le dimanche 25, Henri VIII quittant Orcq vers 10 heures du matin, fera son entrée triomphale à Tournai lors d’un cortège somptueux.

Les différents auteurs ne citent plus Orcq ou la Marlière par la suite à l’exception d’un seul[13] qui dit que les jours passant comme on ne voyait pas de démonstrations hostiles de la part des citoyens de Tournai, Henri fut désireux de mieux les connaître. Il quitta dès lors la sécurité de son campement à Orcq pour les quartiers moins sécurisés de Tournai.

Il quitta définitivement Tournai le 13 octobre.

 



[1] A. HOCQUET, Tournai et l’occupation anglaise, H. et L. Casterman, Tournai, 1901.

[2] Afin que les assiégés puissent mieux observer les assiégeants.

[3] Il s’agit de l’abbaye des Prés-Porcins qui se trouvait à l’emplacement de l’actuel commissariat de police drève de Maire. Une autre source dit que cette abbaye fut brûlée par les Anglais.

[4] Près de la chapelle des Lépreux, chaussée de Lille.

[5] Actuellement chemin Willems

[6] F. DESMONS , Henri VIII et Tournai, Manuscrit déposé à la bibliothèque communale de Tournai, non daté, mais sans doute début XXe siècle.

[7] A.G. CHOTIN, Histoire de Tournai et du Tournésis, imprimerie Massart et Janssens, Tournai, 1840, Tome 2 p. 87.

[8] La référence étant en anglais nous avons traduit « coat » par cotte de maille, mais ce mot peut aussi signifier le surtout armorié porté au-dessus de la cuirasse ou les deux ensemble.

[9] J.S. BREWER, Letters and papers, foreign and domestic, Henry VIII, Institute of historical research, 1920, Vol 1 1509-1514 p. 1023.

[10] Dépendant de l’abbaye de St Martin à Tournai.

[11] J.A.C. BUCHON, Choix de chroniques et mémoires sur l’histoire de France – Chronique de la Maison de Bourgogne par Robert Macquéreau livre III, Auguste Desrez Imprimeur Editeur,  Paris 1838,  p. 45.

[12]J.A.C. BUCHON, op. cit., p. 47

[13] C. G. CRUICKSHANK, The english occupation of Tournay, The Clarendon press, Oxford, 1971